La « surpopulation étrangère », 130 ans d’angoisse d’extrême droite et d’instrumentalisation patronale

30.05.2026

Résolution adoptée lors de l'assemblée des délégués de la JS Suisse, le 30 mai 2026 à Moutier

La votation prochaine sur l’initiative de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions » réveille le vieux mythe de l’Überfremdung, de la surpopulation étrangère, né à la fin du 19e siècle. Dans cette situation, il convient de revenir rapidement sur l’histoire des étranger‧ère‧x‧s en Suisse pour identifier les enjeux économiques et sociaux sous-tendant à cette initiative et aux discours xénophobes et racistes en général.

Les angoissent relatives à la « surpopulation étrangère » sont constitutives de l’Etat suisse moderne. L’UDC n’invente rien de nouveau avec sa dernière initiative « Pas de Suisse à 10 millions ». Fonctionnellement, l’initiative s’inscrit dans un discours émergeant à la fin du 19e siècle et qui, depuis, sert systématiquement les intérêts du patronat.

Depuis la fin du 19e siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, la Suisse connait, comparativement aux pays l’entourant, une forte arrivée d’étranger‧ère‧s. notamment d’Allemand‧e‧s puis d’Italien‧ne‧s. Elle est rendue possible par les relatives libertés de circulation et d’établissement, répondant aux besoins économiques liés à l’essor de l’industrie de l’époque . Cette population étrangère représente jusqu’à 14,7% de la population en 1910. Dans ce contexte, nait la notion « d’Überfremdung », dont la traduction française de « surpopulation étrangère » n’exprime que partiellement la dimension xénophobe . Déjà en 1900, elle exprime la peur que « la Suisse sera bientôt submergée par les étranger[‧ère‧]s [au] point que son existence nationale ne peut être sauvée que par un miracle » .

Avec la Première Guerre mondiale, la population étrangère baisse significativement. Cependant, dès cette période, l’idée d’Überfremdung se diffuse dans des larges pans de la droite suisse jusqu’au gouvernement fédéral. L’Office central de la police des étranger est créé en 1917 et témoigne de la volonté des autorités de passer à une politique d’immigration restrictive répondant exclusivement aux besoins du marché du travail . En pleine période révolutionnaire, l’Etat désigne les étranger‧ère‧s comme responsables des troubles sociaux et, pour éviter toute « contagion », durcit significativement les condition de naturalisation . Dès lors, les permis d’installation sont liés à l’exercice d’un travail, la notion de « surpopulation étrangère » est inscrite dans la loi fédéral de 1931 et son application entraine une division des populations étrangères

désirables ou non selon leur potentialité d’assimilation . C’est là une synthèse totale entre la xénophobie et le racisme des cercles des « avant-gardes réactionnaires » de la fin du 19e siècle ayant développé l’idée d’Überfremdung et les intérêts du patronat.

Dans les décennies qui suivent, la collaboration entre le service de Police des étrangers et les services de l’Industrie et du travail se poursuit : on limite alors les permis de séjour définitif au profit de permis précaires (notamment celui de saisonnier‧ère). La main d’œuvre étrangère devient alors une véritable valeur d’ajustement. La crise des années 1970 en est l’exemple le plus flagrant. 300 000 postes de travail détenus par des étranger‧ère‧s sont supprimés, la Suisse exporte son taux de chômage. Parallèlement, l’extrême droite multiplie les initiatives xénophobes dans la lignée des angoisses identitaires nées à la fin du 19e siècle. Si elles sont refusées, elles révèlent les intérêts divergents internes au patronat suisse et fonctionnellement permettent de diviser la classe travailleuse. Avec succès puisqu’une partie des syndicats et du PS accorde alors du crédit à ces thèses.

L’initiative de l’UDC soumise au vote en juin 2026 n’apporte donc pas grand-chose de nouveau. Le parti d’extrême droite s’inscrit dans le référentiel idéologique développé par les « avant-gardes réactionnaires » dès la fin du 19e siècle. Cette base idéologique fut commune aux différentes extrêmes droites du 20e et du 21e siècle et se doit d’être combattue. Il nous faut donc reconnaitre qu’une attaque sur les droits des travailleure‧euse‧s étranger‧ère‧s est une attaque contre l’ensemble des travailleur‧euse‧s. En conséquence, nous réclamons :

À court terme :

  • Le rejet l’initiative de l’UDC
  • La suppression des permis de séjour, la régularisation de toutes les personnes sans papiers et l’accès aux droits sociaux et politiques pour toute‧x‧s.
  • L’arrêt des renvois inhumains.
  • La lutte pour l’amélioration des conditions de travail par la suppression des permis de travail précaire, la réduction du temps de travail et l’introduction de salaires minimaux.

À long terme, la JS réclame :

  • L’abolition des frontières