Résolution adoptée lors de l'assemblée des délégués de la JS Suisse, le 30 mai 2026 à Moutier
Presque tous les États du monde s’obstinent à défendre la solution à deux États, présentée comme pro-palestinienne, comme étant la seule issue au soi-disant « conflit au Proche-Orient ». Or, d’un point de vue historique, cette solution a servi, depuis plusieurs décennies déjà, l’État ethno-nationaliste d’Israël en renforçant le colonialisme de peuplement, l’apartheid et le nettoyage ethnique.
Il faut au contraire mettre en avant la solution qui renforce la position de la population palestinienne en insistant sur la libération, la décolonisation et l’égalité des droits dans l’ensemble de la Palestine historique.
La création d’Israël issue du nettoyage ethnique
Après la conquête de la Palestine par l'Empire britannique pendant la Première Guerre mondiale, celui-ci s'est engagé, en 1917, à soutenir le mouvement sioniste dans son projet de colonisation de ce territoire, sans le consentement de la population palestinienne locale.[1]
La décision des première·ers colon·es de participer à la colonisation de la Palestine était souvent largement motivée par la discrimination dont elles et ils étaient victimes dans leurs pays d'origine.
Mais le sionisme, qui visait la création d’un État ethno-nationaliste sur le territoire historique de la Palestine, était déjà en marche bien avant la Seconde Guerre mondiale. Les terribles événements antisémites de cette époque ont renforcé cette idéologie aux yeux de nombreuses personnes, car l’impression s’est répandue que seul cet État ethno-nationaliste pouvait garantir la « sécurité » des Juive·fs dans le monde. Cela tenait avant tout à l’antisémitisme en Europe, qui a culminé dans l’Allemagne nazie avec l’Holocauste, un génocide industrialisé au cours duquel plus de six millions de Juive·fs ont été persécutés, internés et assassinés. Cela a conduit, après l’Holocauste, à une augmentation significative de la migration et de l’exode des Juives et des Juifs vers la Palestine historique.
Il manquait toutefois un « processus de réparation » qui aurait dû permettre de surmonter le traumatisme collectif juif sans pour autant porter atteinte aux droits de la population palestinienne non impliquée. Le sionisme et la création d’un État ethno-nationaliste ont été présentés comme la solution aux profondes divisions et aux blessures causées par l’Holocauste et l’antisémitisme. Cela a toutefois servi à décharger l’Europe de sa culpabilité et reposait dès le départ sur une profonde injustice.
Car Israël a été et est soutenu par les États coloniaux et leurs héritière·ers avant tout parce qu’il offre un point d’ancrage aux intérêts impérialistes de ses soutiens dans cette région géopolitiquement importante. Le père fondateur du sionisme, Theodor Herzl, décrivait ainsi la finalité de l’État : « Là-bas (en Palestine), nous formerons un rempart contre l’Asie, nous assurerons le service d’avant-garde de la culture contre la barbarie. »[1]
En 1947, l’ONU a décidé, contre la volonté de la population palestinienne, de partitionner son territoire et d’attribuer les parties les plus précieuses ainsi que 56 % du pays au mouvement des colon·es juif·ves. Ce plan de partage de l’ONU a ensuite été utilisé comme base pour la Nakba (mot arabe signifiant « catastrophe ») par les milices sionistes et les dirigeant·es du futur État d’Israël : à savoir le nettoyage ethnique de 80 % des Palestinien·nes dans leur pays d’origine et la nouvelle extension des frontières à 78 % du territoire.[2] Et ce, bien que la population locale ait rejeté toute partition de son pays. Comme dans des cas ultérieurs, la communauté internationale, dominée par les puissances coloniales, a, en insistant sur la partition du pays, légitimé de nouveaux nettoyages ethniques et de nouvelles appropriations.
L’objectif du mouvement sioniste, à savoir l’établissement d’un État ethno-nationaliste à majorité juive dans le nouvel État d’Israël sur le territoire palestinien, a été atteint.
Les frontières ainsi établies et les conditions démographiques qui en ont découlé ont servi, des décennies plus tard, de base aux négociations. Bien que ces frontières reposent uniquement sur les territoires où Israël a réussi à mener à bien le nettoyage ethnique lors de la Nakba de 1948.[3] L'affirmation de la « justice » d'une solution fondée sur ces frontières par des parties extérieures ne signifie rien d'autre que l'acceptation de la « loi du plus fort ».
L'utilisation sélective du droit international et des principes humanitaires dans la présentation de la solution à deux États se manifeste également par l'occlusion systématique des plus de deux millions de Palestinien·nes vivant en Israël sous un régime d'apartheid. Cela a déjà été condamné par la JS Suisse par le passé.[4]
Droit au retour bafoué
[1] Theodor Herzl (1896) : « L'État des Juifs »
[2] https://avalon.law.yale.edu/20th_century/res181.asp ; Rashid Khalidi (2020) : La guerre centenaire pour la Palestine, p. 74 et suivantes.
[3] https://digitallibrary.un.org/record/90717?v=pdf
[4] https://juso.ch/de/positionspapiere/wir-verurteilen-die-systematische-unterdruckung-der-palastinensischen-bevolkerung-durch-den-israelischen-staat/
Le problème central de la solution à deux États réside en outre dans l’entrave systématique au droit au retour, internationalement reconnu, de plus de huit millions de Palestinien·nes aujourd’hui.[1] En effet, un tel droit au retour rendrait impossible l’existence d’un État ethno-nationaliste à majorité juive absolue et, par conséquent, l’objectif idéologique du sionisme.
Cette idéologie se manifeste également à travers les plans d’expansion fascistes, comme en témoignent les guerres d’expansion répétées menées depuis la création d’Israël contre d’autres pays de la région. Un État palestinien internationalement reconnu serait une épine dans le pied de ces plans d’expansion. C’est pourquoi la protection d’un État palestinien contre les attaques d’Israël ne serait de toute façon pas possible sans un changement fondamental des rapports de force.
C'est pourquoi, comme l'histoire l'a montré, parvenir à un compromis avec un État fondé précisément sur cette idéologie est voué à l'échec.
Le véritable héritage de la solution à deux États
En réaction à la première Intifada (mot arabe signifiant « soulèvement ») de 1987 à 1993, Israël et son principal soutien, les États-Unis, ont décidé de s’engager dans le soi-disant « processus de paix » avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), car elles et ils ont compris que l’occupation ne pourrait pas être maintenue à long terme sans une résistance civile massive.
Ce soi-disant « processus de paix » était dirigé par les États-Unis, qui défendaient clairement la cause israélienne. Alors que ce processus donnait l’illusion à la communauté internationale de créer deux États souverains et égaux en droits grâce à une solution à deux États, la Palestine n’a reçu qu’une offre comparable aux bantoustans de l’apartheid en Afrique du Sud – un État fantôme dépourvu de toute autonomie, destiné à accueillir les groupes ethniques opprimés afin de dissimuler le caractère apartheid de l’État aux yeux de la communauté internationale, de créer une majorité démographique du groupe dominant et d’assurer la pérennité du projet ethno-nationaliste.[2]
L'offre de paix qui a été faite à la Palestine ne prévoyait qu'une autonomie limitée sur un territoire palestinien encore réduit. Bill Clinton a finalement rendu l'OLP responsable du rejet d'un accord inacceptable qui prévoyait un pseudo-État palestinien morcelé en plusieurs blocs, sans souveraineté sur la vallée du Jourdain, son propre espace aérien et ses ressources en eau, ainsi que la souveraineté israélienne sur Jérusalem.[3]
Le processus de paix a ainsi permis de tenir en haleine le mouvement palestinien international et local jusqu’à ce que l’énergie issue de la première Intifada s’épuise et que celui-ci se retrouve à nouveau isolé. Alors que les deux parties étaient prétendument engagées de bonne foi depuis le début des années 1990 dans des négociations sur la solution à deux États et une « paix juste », Israël a étendu le système d’apartheid à une échelle sans précédent :
De 1991 à 2014, Israël a doublé le nombre de colon·es en Cisjordanie, le faisant passer de 227 000 à plus de 560 000, et le nombre de colonies est passé de 140 à 380.[4] Israël a érigé d’innombrables postes de contrôle dans les territoires palestiniens, étranglé l’économie de Jérusalem, isolé de plus en plus Gaza du reste du monde et construit le mur d’apartheid.[5] Du
[1] https://badil.org/press-releases/13359.html
[2] https://sahistory.org.za/article/homelands
[3] Rashid Khalidi (2020) : La guerre centenaire pour la Palestine, p. 254.
[4] https://web.archive.org/web/20081118071827/http://fmep.org/settlement_info/settlement-info-and-tables/stats-data/israeli-settler-population-1972-2006
https://peacenow.org.il/en/settlements-watch/settlements-data/jerusalem
[5] https://catalog.lib.msu.edu/Record/folio.in00003536057
https://en.wikipedia.org/wiki/Gaza%E2%80%93Israel_barrier
côté palestinien, les accords d’Oslo ont conduit à la mise en place de l’Autorité palestinienne, une entité antidémocratique et collaboratrice. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dont le mandat a pris fin dès 2009, gouverne depuis lors sans légitimité démocratique ni soutien de sa propre population.[1] En conséquence, l’Autorité palestinienne est devenue partie intégrante de la politique d’expansion israélienne et a la réputation de réprimer par la force la résistance interne ainsi que les manifestations. Un retour au cadre établi de la solution à deux États signifie donc ici aussi la reconnaissance d’un gouvernement de plus en plus impopulaire, antidémocratique et autoritaire, qui collabore avec l’occupant.[2]
Dans le même temps, il n’est pas possible de condamner les symptômes ou les différents éléments oppressifs sans exiger un examen des conséquences dévastatrices de l’occultation internationale d’une véritable solution anticoloniale : le « processus de paix » a été suivi par le génocide à Gaza. En clair : la solution à deux États a permis cette escalade de l’oppression, car elle a préservé le système d’apartheid d’un isolement international croissant.[3]
Bien que les gouvernements occidentaux ou arabes aient conscience de cette réalité, ils continuent néanmoins de s’accrocher à la solution à deux États. Cela s’explique par le fait que le caractère vague de cette revendication leur permet de maintenir le statu quo et d’apaiser la résistance publique dans leur propre pays en suscitant l’espoir d’un « État palestinien ». Tout cela se fait au moment même où leur complicité dans la colonisation israélienne est dissimulée.
Les conséquences de cette colonisation sont également visibles en Cisjordanie. Dans la plupart des représentations, l’État palestinien comprend les territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza annexés par Israël en 1967. La Cisjordanie représenterait ainsi 94 % du territoire de cet État. Mais ces 94 % comprennent 160 colonies comptant 750 000 colon·es israélien·nes.[4]
Les arguments apparemment « pragmatiques » avancés pour insister sur la solution à deux États plutôt que sur une solution équitable à un seul État ne sont pas convaincants non plus. Outre la preuve historique qu’Israël n’a jamais été prêt à accepter un État palestinien autonome et souverain, Israël a même promis en 2024, par une résolution adoptée à une majorité écrasante au Parlement, de ne jamais accepter ne serait-ce qu’un pseudo-État palestinien totalement asservi.[5]
Mais la question se pose de savoir pourquoi Israël s’oppose à la solution à deux États alors que celle-ci a été historiquement si avantageuse pour lui. Cela tient au fait qu’Israël peut désormais atteindre ses objectifs de contrôle sans avoir à se limiter par un accord. Les contraintes initiales de la solution à deux États, notamment les soulèvements de masse de la population palestinienne ainsi que les mauvaises relations avec les États arabes, n’existent plus sous cette forme.
Le contrôle a été obtenu grâce à des postes de contrôle, des murs, la séparation et le nettoyage ethnique des Palestinien·nes, ainsi que l’extension des colonies par l’appropriation de nouvelles terres. Pourquoi Israël s’imposerait-il donc des limites qui ralentiraient une expansion future ?
En conséquence, le mouvement de solidarité avec la Palestine doit enfin se détourner de cette fausse solution, qui a été utilisée avant tout comme stratégie d’apaisement. D’autant plus que même la partie adverse a depuis longtemps renoncé à toute apparence de volonté de
[1] https://www.middleeasteye.net/explainer-who-mahmoud-abbas-profile-palestine-authority
[2] https://www.palestinechronicle.com/israeli-authority-with-palestinian-stripes-how-the-pa-is-slaughtering-palestinians-to-forward-annexation/
[3] Rashid Khalidi (2020) : La guerre centenaire pour la Palestine, p. 251.
[4] https://www.bbc.com/news/articles/c1j5954edlno
[5] https://www.aljazeera.com/news/2024/7/18/israels-knesset-votes-to-reject-palestinian-statehood
compromis – qui n’a d’ailleurs jamais réellement existé –, il est temps, de notre côté, d’insister sur la libération totale de la Palestine.
Solution à un seul État
Un État démocratique pourrait offrir un cadre de coexistence pour des personnes de toutes religions et origines sur l’ensemble du territoire de la Palestine historique. Cela devrait également permettre le droit au retour des millions de Palestinien·nes exilé·es, ainsi que la restitution des biens acquis par la force, tels que les maisons et les terres. Les approches de justice réparatrice sont certainement essentielles à cet égard. La reconstruction et la « réparation » doivent être au centre des préoccupations, dans le respect des besoins des victimes du génocide. Pour que la transition d’un État colonialiste d’apartheid vers un État démocratique soit couronnée de succès, il ne s’agit pas seulement d’instaurer l’égalité des droits, mais aussi de mettre particulièrement l’accent sur la justice matérielle et la redistribution.
La solution à un seul État décrite ici correspond bien davantage au consensus palestinien des Thawabit (terme arabe signifiant « constantes nationales ») – ces principes fondamentaux réaffirmés à maintes reprises depuis 1977 par tous les principaux partis palestiniens, y compris les partis socialistes – que la solution à deux États. En fin de compte, il est toutefois clair que la mise en œuvre concrète ou l’évolution possible de cette vision doit se faire dans le cadre d’un processus sur le terrain et d’un mouvement de libération démocratique et anticolonialiste. Car à l’heure actuelle, face à la domination d’Israël, les solutions théoriques sont hors de propos.
Il faut au contraire affaiblir précisément cette domination et renforcer durablement le pouvoir matériel des Palestinien·nes. C’est la seule façon de rendre possible une véritable autodétermination !
C’est pourquoi la JS Suisse s’engage fermement :
- Contre le colonialisme israélien (sionisme) ainsi que ses manifestations sous forme d’apartheid, d’expansion et de génocide ;
- Pour la solidarité avec les mouvements antisionistes ;
- Pour un processus approfondi et équitable de travail de mémoire et de « réparation », qui place les besoins des victimes du génocide au centre et condamne les crimes de guerre et leurs autrice·eurs en conséquence. Cela inclut la restitution systématique des terres et des biens volés, ainsi que le versement de réparations appropriées et l’instauration de l’égalité des droits pour toutes les personnes sur l’ensemble du territoire historique de la Palestine, du Jourdain à la Méditerranée.
- Pour le droit au retour de tou·tes les réfugié·es palestinien·nes
- Pour le droit à la résistance et à l'autodétermination du peuple palestinien
- Pour la création d'un État démocratique multiculturel sur l'ensemble du territoire de la Palestine historique
Alors que le génocide à Gaza s'intensifie et qu'Israël procède à un nettoyage ethnique au Liban et en Cisjordanie, notre attitude et notre position quant à l'avenir doivent être claires.
Historiquement, la solution à deux États n’a promis au peuple palestinien qu’un État fantôme dépourvu de toute autonomie, tandis qu’Israël a, dans le même temps, étendu ses colonies et son contrôle sur la population palestinienne. Ainsi, la pression internationale en faveur d’une partition de la Palestine n’a cessé de légitimer l’expansion, l’apartheid et le colonialisme de peuplement en Palestine et dans la région environnante. En revanche, ceux qui croient en l’anti-impérialisme, l’égalité et la démocratie ne devraient pas revendiquer cela pour quelques vestiges de la Palestine historique, mais pour l’ensemble du pays.
Cela tient avant tout au fait qu’un véritable deuxième État, avec le droit au retour de la population
palestinienne, serait incompatible avec l’État d’Israël. Non seulement celui-ci a été fondé au cours de la Nakba de 1948 par le biais de nettoyages ethniques, mais l’idéologie sous-jacente de l’État – le sionisme – est un projet ethno-nationaliste qui présuppose une majorité juive sur le territoire palestinien.
Mais ce n’est pas seulement le droit au retour, pourtant urgent et nécessaire, de millions de Palestinien·nes qui rend la solution à deux États impossible. Celle-ci permettrait également la persistance d’un système d’apartheid sur 78 % de la Palestine historique.
Au lieu de cela, nous devons mettre l’autodétermination de la population palestinienne au premier plan et, par conséquent, adopter la solution à un seul État, fondée sur le Thawabit, comme principe de notre engagement futur envers la population palestinienne.
Car pour permettre une véritable autodétermination du peuple palestinien, il n’est pas nécessaire de recourir à des plans de partition dictés par le noyau impérialiste. La solution à deux États a pour effet de museler la résistance contre cet impérialisme même.
Au contraire, nous devons lutter sans relâche contre l’idéologie du sionisme ainsi que contre l’État d’Israël en tant que projet colonialiste et l’affaiblir, afin de rendre possible la libération et l’autodétermination de la population palestinienne !