Contre l'initiative pour la neutralité

30.05.2026

La JS Suisse s’oppose résolument à l’initiative pour la neutralité. Cette initiative, lancée six mois après l’invasion russe de l’Ukraine, vise tout bonnement à protéger les relations commerciales lucratives de la Suisse avec des États non respectueux des droits humains. La "neutralité perpétuelle et armée" qui serait ainsi inscrite dans la Constitution n’est pas un outil de paix : c’est un outil pour permettre à la Suisse de tirer des profits de la guerre.

Derrière cette initiative se trouve l’association "Pro Suisse" (anc. ASIN), principalement composée de membres de l’UDC. L’UDC ne cache pas son soutien à l’initiative. "Nous avons en effet soutenu les sanctions contre la Russie. Il faut remédier à cela." a ainsi déclaré le conseiller national UDC Erich Hess lors des débats au Conseil national. Plus abscons mais dans le même esprit, son collègue de parti le conseiller national Lukas Reimann a également affirmé : "Quand deux adolescents se battent, le petit frère a meilleur temps de rester à l’écart." La conception de l’UDC de la politique extérieure de la Suisse consiste donc simplement à considérer qu’un conflit entre deux acteurs n’est jamais qu’une occasion pour le troisième d’en tirer un profit.

L’initiative définit dans son texte la neutralité de la Suisse comme "armée et perpétuelle", interdit l’adhésion à des alliances militaires ou de défense et empêche la prise de sanctions non militaires contre toute partie d’un conflit. En fait de sanctions, l’UDC veut simplement pouvoir renforcer l’armement et la vente d’armes. L’UDC ne veut pas garantir la paix mais amasser de l’argent derrière le comptoir pendant que d’autres meurent dans les conflits.

Il est particulièrement important de disposer d’une politique extérieure de gauche crédible pour faire face à la période. Ni le repli réactionnaire ni les alliances impérialistes ne sont des solutions satisfaisantes. Ne ne pouvons pas nous engager aveuglément dans un camp, pas plus que nous ne pouvons rester les bras croisés en regardant un agresseur ravager des régions entières du monde : rester neutre face à une victime et son bourreau est fonctionnellement identique à soutenir le bourreau. Il nous faut lutter pour les droits humains, et cela inclut la reconnaissance des actes de violences unilatéraux comme tels et la prise de mesures pour les sanctionner.

Nous ne voulons pas d’armes mais des sanctions :

La politique extérieure suisse doit être proactive. La neutralité passive et armée que propose l’initiative n’apporte aucune sorte de sécurité et ferait simplement de la Suisse un coffre-fort pour tous les États voyous. Nous devons donc conserver notre liberté de sanctionner les pays et les personnes que nous souhaitons. À l’heure actuelle, les sanctions ne sont malheureusement infligées presque qu’à des pays du Sud global. Les États du Nord global comme les États-Unis ne sont ainsi jamais sanctionnés pour leurs multiples infractions aux droits humains et au droit international. De plus, les sanctions imposées sont souvent englobantes, pénalisant l’ensemble de l’économie et de la population des pays concernés. Les sanctions de ce genre ne font qu’aggraver les souffrances des populations et n’impactent pas les dirigeant·es qui peuvent alors se contenter de pointer l’ennemi extérieur responsable de ces souffrances.

Des sanctions doivent donc être prises de manière conséquente contre tous les pays et les personnes qui violent les droits humains ou le droit international, tout en s’assurant que celles-ci ne frappent jamais l’ensemble de la population mais soient plutôt ciblées contre les dirigeant·es elles et eux-mêmes, ainsi que les personnes qui les financent et en tirent des profits.

Il faut dans le même temps nous garder de rejoindre des alliances militaires. Les alliances comme l’OTAN ne pourront jamais apporter la paix dans le monde, leur existence supposant nécessairement la présence d’un ennemi. À la place, il s’agit plutôt d’avancer progressivement vers un désarmement généralisé, à commencer par l’arrêt de l’exportation d’armements et tout particulièrement vers les États non respectueux des droits humains et les pays en guerre civile.

Pour toutes ces raisons, la JS Suisse s’oppose clairement à l’"initiative pro-Poutine" de l’UDC. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester dans la passivité et l’indifférence à une époque comme celle que nous vivons. Comme l’affirmait Gramsci : "Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents."

La Suisse ne peut se permettre de détourner le regard face à l’injustice. Elle ne peut cependant pas non plus, si elle souhaite la paix, céder aux logiques guerrières de l’armement et des alliances militaires.

La neutralité de la Suisse a servi comme un vaste prétexte pour s’enrichir aux dépends des autres. L’initiative pour la neutralité veut la sacraliser comme une fin en soi et faire de la Suisse le coffre-fort des États voyous. La Suisse ne peut plus être hypocrite et se cacher derrière son petit doigt : prétendre être "neutre" face à une victime et son agresseuse·eur, c’est soutenir l’agresseuse·eur. La Suisse doit donc s’engager dans une politique pacifiste proactive.

La JS Suisse prend position pour :

  • le rejet de l‘"initiative pour la neutralité" ;
  • des sanctions claires contre les États non respectueux des droits humains et les personnes qui les financent, en particulier la Russie et les oligarques soutiens de Poutine ;
  • la fin de toutes les exportations d’armement ;
  • le désarmement progressif associé à une politique pacifiste proactive.