Malaisie et Mercosur : la poursuite du libre-échange d’hier dans le déni des crises globales

06.09.2026

Résolution adoptée lors de l'assemblée des délégués de la JS Suisse, le 6 septembre 2026 à Bâle

La politique douanière du président américain Donald Trump exacerbe les tensions internationales dans la lutte de pouvoir permanente pour la domination de l’économie mondiale. Les États-Unis tentent maintenant de consolider leur position hégémonique par une politique de protectionnisme nationaliste, cherchant à rapatrier des capacités de production aux États-Unis et à intensifier la concurrence géopolitique avec d’autres grandes nations. Cette ligne politique de Trump allie ainsi les intérêts néolibéraux des entreprises à des mesures nationalistes et protectionnistes. Cela ne signifie pas pour autant qu’il y aurait un changement fondamental de l’ordre économique mondial ; au contraire, ce fonctionnement risque plutôt d’aggraver les conflits commerciaux internationaux existants tout en n’adressant en rien les problèmes structurels liés aux inégalités mondiales. La bonne réaction face à cette situation n’est donc pas non plus de se réfugier dans le modèle précédent du libre-échange effréné. C’est pourtant exactement ce que fait la Suisse avec sa politique commerciale.

C’est ce que montrent les nouveaux accords de libre-échange conclus par la Suisse avec la Malaisie et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Ceux-ci facilitent le commerce des produits agricoles et des matières premières, créant ainsi des incitations supplémentaires à l’exploitation des ressources naturelles et d’une main-d’œuvre bon marché sans qu’aucun des deux accords ne propose de réponse efficace à la destruction de l’environnement et aux violations des droits humains. Le Conseil fédéral et le Parlement refusent par ailleurs de déployer des mesures d’accompagnement telles qu’une interdiction des importations issues de la déforestation de la forêt tropicale et du travail forcé. Il est donc nécessaire de lutter contre ces accords par voie de référendum.

L’accord pour l’huile de palme menace la forêt tropicale et les droits de l’homme

L’accord de libre-échange avec la Malaisie prévoit une réduction des droits de douane sur jusqu’à 12 500 tonnes d’huile de palme. En 2025, la Malaisie était le deuxième fournisseur d’huile de palme de la Suisse. Ces allègements douaniers devraient entraîner une nouvelle augmentation des importations en provenance de Malaisie. L’industrie de l’huile de palme en Malaisie représente une menace majeure pour la forêt tropicale : environ 460 000 hectares de forêt tropicale se trouvent actuellement dans des concessions d’huile de palme recensées [1]. Les terres des populations autochtones locales sont déforestées, détruisant leurs moyens de subsistance. La déforestation accélère considérablement la crise climatique et menace des espèces animales en voie d’extinction, comme l’orang-outan [2]. Les baisses de droits de douane sont conditionnées à certains à certains critères de durabilité, comme dans l’accord de libre-échange avec l’Indonésie, mais ceux-ci sont largement insuffisants pour protéger contre la déforestation de la forêt tropicale et les conditions de travail abusives dans les plantations. Dans un contexte de crise mondiale du climat et de la biodiversité, la Suisse envoie donc un très mauvais signal en réduisant les droits de douane sur l’huile de palme.

Les petit·es agricultrice·eurs malaisien·nes s'opposent elles et eux aussi à cet accord [3]. En effet, la Suisse y oblige la Malaisie à adhérer à la Convention internationale de l'UPOV, ce qui limiterait le droit des petit·es agricultrice·eurs à reproduire et échanger leurs propres semences et les contraindrait à s’approvisionner auprès de multinationales du commerce de semences comme Syngenta. Cette clause a également été critiquée par le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation [4]. De plus, la Suisse oblige la Malaisie à renforcer la protection de la propriété intellectuelle dans le domaine des médicaments, ce qui pourrait restreindre l’accès de la population à des génériques abordables. L’accord de libre-échange avec la Malaisie profite donc en premier lieu aux groupes pharmaceutiques, industriels et agricoles, au détriment de la forêt tropicale et du droit à l’alimentation et à la santé de la population malaisienne.

Un accord de déforestation aux dépens de l’Amazonie

L’accord avec le Mercosur fait peser une pression considérable sur la protection de l’environnement et du climat. En effet, il réduit les droits de douane sur de nombreux produits agricoles dont la production a des conséquences écologiques et sociales considérables : la production de viande bovine ou de dérivés du soja figure par exemple parmi les principales causes de la déforestation de l’Amazonie et du Cerrado. Les conditions de travail abusives sont largement répandues dans l’agriculture industrielle et des conflits fonciers amènent régulièrement à l’expulsion de communautés autochtones. Le gouvernement Milei sape ainsi actuellement le droit du travail en Argentine [5], et la législation environnementale est considérablement assouplie au Brésil [6].

L’élargissement des contingents tarifaires à de nombreux produits agricoles des pays du Mercosur soulève également des questions pour les consommatrices et consommateurs suisses et l’agriculture locale. Alors que les agricultrice·eurs suisses respectent des normes de production élevées, celles-ci sont parfois nettement moins strictes dans les pays du Mercosur. Cela exerce une pression supplémentaire sur les prix de l’agriculture locale et crée des conditions de concurrence déloyales. Du point de vue de la protection des consommatrice·eurs, l’utilisation d’antibiotiques dans la production de viande et les différences entre les normes d’élevage posent également problème [7].

Ce sont donc avant tout les secteurs d’exportation suisses — en particulier les industries pharmaceutique, mécanique et horlogère — qui profitent des accords avec le Mercosur et la Malaisie. Dans le même temps, les agricultrice·eurs suisses subissent une pression sur les prix due à l’augmentation des importations de produits agricoles, tandis que les petit·es agricultrice·eurs, les travailleuse·eurs et les communautés autochtones des pays du Mercosur subissent les conséquences sociales et écologiques d’une expansion de la production de matières premières et de produits agricoles.

Une politique commerciale qui fait passer la suppression des droits de douane et des barrières commerciales avant les intérêts sociaux et écologiques aggrave les inégalités existantes et risque, par de nouvelles incitations, d’accentuer l’exploitation et la destruction de l’environnement. Il est urgent pour lutter contre ces effets de mettre en place des chapitres sur le développement durable et des sanctions assorties, ainsi que des règlements sur le travail forcé et la déforestation afin d’encourager la protection des droits humains et de l’environnement grâce à des restrictions efficaces sur les importations.

Face aux crises mondiales et à la volonté du gouvernement suisse de conclure le plus grand nombre possible d’accords supplémentaires sans règles claires et applicables en matière de protection de l’environnement et des droits humains, nous devons nous opposer fermement à ces initiatives. La JS Suisse soutient donc les référendums contre les accords de libre-échange avec la Malaisie et les pays du Mercosur. Il nous appartient de faire pression pour veiller à ce que la Suisse assume ses responsabilités en faveur d’une plus grande justice globale.

[1] : https://9b2d2d75-7adf-4ea5-8c47-1b96d3a7eaf6.filesusr.com/ugd/a4715a_ad144495d1fa46bf857166bda8e2e8a9.pdf, 2024, S. 9

[2] : https://news.mongabay.com/2025/11/cautious-win-for-indigenous-groups-in-malaysia-as-palm-oil-firm-pauses-forest-clearing/

[3] : https://www.tagesanzeiger.ch/freihandel-mit-malaysia-bauern-kaempfen-gegen-schweiz-deal-595016772959

[4] : https://www.tagesanzeiger.ch/freihandelsabkommen-schweiz-malaysia-kritik-wegen-saatgut-996609247348

[5] : https://www.spiegel.de/ausland/argentinien-kongress-verabschiedet-umstrittene-arbeitsmarktreform-von-javier-milei-a-d87b40b3-97eb-4ec9-a0af-588c223dc58f

[6] : https://www.lemonde.fr/en/environment/article/2025/07/18/in-brazil-lawmakers-pass-a-devastating-environmental-deregulation-bill_6743507_114.html?srsltid=AfmBOor2bIwTbD29c2vsNKZXbCnFLoswW49zwVHEioIoP2Lwu3Yw-xOX

[7] : https://www.blick.ch/politik/kuhhandel-im-bundeshaus-antibiotika-streit-im-mercosur-deal-id21989710.html